02 mars 2008
Mireille Giuliano, une plume qui pèse des millions

Après vingt ans passés à la tête de la maison de champagne Veuve Cliquot, Mireille Giuliano a décidé, un beau jour, de prendre la plume pour raconter tout à la fois sa vie de Française expatriée aux Etats-Unis, et sa vision d’un certain art de vivre culinaire. Son premier livre, « French Women don’t get fat » a fait un véritable carton. Traduit en 37 langues et vendu à des millions d’exemplaires, il a « complètement bouleversé ma vie », confie cette ancienne présidente de société. Régulièrement citée dans la presse américaine, invitée de tous les talks-shows, elle a quitté la maison LVMH pour se consacrer à l’écriture. « Au fil des Saisons », un recueil de ses recettes préférées, vient de sortir aux Etats-Unis, et deux autres livres sont dans les cartons.
Pour quelle raison êtes-vous venue aux Etats-Unis ?
Je suis tombée amoureuse d’un Américain, qui est aujourd’hui mon mari. Nous nous sommes rencontrés à Istanbul. Il faisait son doctorat à New York, et comme nous ne pouvions vivre séparés, je suis venue le rejoindre. C’était en 1976. Dans un premier temps, j’ai travaillé à l’ONU en tant qu’interprète de conférence, mais c’est très vite devenu rasoir. J’ai donc rejoint une agence de RP qui avait pour principal client le comité interprofessionnel du champagne….
Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?
Dans beaucoup de domaines, ils ont un talent fou. Avec mon mari, qui préside une université, nous fréquentons beaucoup d’artistes – musiciens, danseurs, comédiens... J’ai envie de vivre avec ces gens-là. Ils sont une source d’inspiration pour moi lorsqu’il s’agit d’écrire.
Et le moins ?
Le gaspillage. Promenez-vous le matin dans le Village, par exemple. C’est ahurissant de voir ce qu’on met sur le trottoir ! Il va vraiment falloir éduquer les jeunes et les moins jeunes à faire plus attention à l’environnement, quitte à pénaliser les excès.
Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
Les gros fous rires avec mes copines, les paysages, les balades au Luco le matin, les Alpilles, le théâtre, France Musique, France culture, les petits restos, les marchés... Mais je suis gâtée : pendant vingt ans, grâce à mon job chez Veuve Cliquot, j’ai été amenée à passer quasiment une semaine par mois en France. J’ai donc vécu à cheval entre les deux pays, ce dont je m’estime très chanceuse.
Et le moins ?
Ces réunions interminables où rien ne se passe, quel supplice ! Régulièrement, chez LVMH, on s’asseyait deux jours autour d’une table pour faire ce que qu’on aurait fait en une demi-heure aux Etats-Unis. Tout le monde fumait, c’était insupportable. Je suis très contente que cela soit fini, c’est un gros soulagement !
Votre candidat favori aux élections présidentielles ?
J’étais pro-Hillary au début, mais j’ai changé d’avis. Elle n’a pas ce charisme qui fait l’étoffe des vrais politiciens, et qu’ont son mari ou Obama. Et puis, tous ces débats sur qui a le plus d’expérience n’ont pas beaucoup de sens à mon avis, car finalement, gérer un pays, c’est comme gérer une entreprise : au fond, ni l’un ni l’autre ne sait ce qui l’attend vraiment. Au quotidien, il sera surtout question de gestion de crise.
A votre avis, quel sera le chantier prioritaire du prochain président ?
Personnellement, j’essaierais de trouver des énergies alternatives au pétrole, car cela nous éviterait de nombreux problèmes économiques et diplomatiques. Cela fait vingt ans qu’on en parle, et personne n’a toujours rien fait. Mais j’ai foi en l’Amérique : ce sont des gens qui s’adaptent assez vite.
Où serez-vous dans 10 ans ?
New York, c’est notre base. Mais depuis que j’ai arrêté Veuve Clicquot, je passe de plus en plus de temps en France. Nous avons une maison en Provence où j’adore aller. Cela m’inspire beaucoup pour écrire. Je suis plus disciplinée. Ici, il y a trop de distractions…
Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?
Il faut y vivre, y travailler, y passer quelques années avant de juger.
Votre message à George W Bush ?
« Ce job n’était pas fait pour vous ! » Il a essayé de plaire aux conservateurs, il a pris beaucoup de mauvaises décisions et s’est mal entouré…
Votre message à Nicolas Sarkozy ?
C’est très beau de vouloir tout faire et être partout, mais il faudrait qu’il apprenne à déléguer, et qu’il choisisse ses batailles, comme on dit ici. Il faudrait aussi qu’il fasse de l’ordre dans son équipe. Si certains ne sont pas contents au gouvernement, qu’ils partent !
Votre conseil à tous ceux qui rêvent de s’expatrier ?
Il faut foncer, si c’est ce que vous voulez, mais il faut être prêt à faire certaines concessions. Vivre ici et avoir la même qualité de vie qu’on avait en France, ce n’est pas forcement évident… Attendez-vous aussi à pas mal de difficultés pour obtenir un VISA. Les choses sont plus aussi faciles qu’il y a dix ou quinze ans.
Propos recueillis par Claire Derville
Voir le site de Mireille Giuliano
20:05 Publié dans Le Frenchie de la semaine | Lien permanent | Tags : mireille giluanio, french women don't get fat, claire derville | Commentaires (0)

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